À une époque certaine, j'osais tendre le pouce vers d'improbables automobilistes. Ils m'emmenaient ça et là, du nord vers le sud ou du nord vers l'ouest, et inversement au retour. Il fallait parfois attendre des heures.
Irrémédiablement, au bout d'un certain temps qui passe, je me disais que, de toutes façons, le temps passe. Et je m'imaginais ailleurs que sur une bretelle d'autoroute, à regarder passer les camions la nuit. Un jour, demain, dans deux heures, je savais que je serais ailleurs.


De toutes façons, le temps passe.

par Marc Grousset publié dans : Le temps passe
Lundi 31 mars 2008
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J'en ai honte. Ma position auto-proclamée d'intellectuel d'une gauche indépendante dont je suis le seul représentant. Voilà sans doute ce qui m'empêche d'avouer, de cracher le morceau, de me confier, ô mon père, dans votre robe noire et derrière la grille, voilà, j'ai un rêve de pauvre type, je le partage avec eux.
Qui ? Les pauvres types, vous dis-je.
Quoi ?


Gagner au loto.


Gagner au loto ? me dit le curé. Quelle drôle d'idée !


Moi je ne trouve pas. Pas plus bête que d'accepter les règles du jeu, travailler à la chaîne dans un bureau derrière un comptoir, travailler pour les autres ou le bien de l'humanité, travailler sa vie entière pour ne pas s'apercevoir. Pas plus bête donc. En plus, les rares fois où j'ai dépensé 6 euros, mon imagination fut, à l'instar de ma digestion avec un verre de rouge disons, mon imagination fut stimulée. C'est l'effet combiné de l'attente et de la surprise. Ma raison n'a rien à faire là-dedans, je la laisse au placard. Mais oui c'est un peu minable ! Mais oui il y a mieux à faire ! Sans aucun doute ! Changer le monde ! Je t'en foutrais des changer le monde moi ! Et comment ? En m'engageant dans la Légion Étrangère ? En quittant tout ? Et pour faire quoi ? Et où aller ? Je me vois mal foutre le feu aux plateaux de télé. Je ne sais pas où ont lieu les tournages.


Alors que devenir millionnaire en Euros... Hé hé hé. Là, ça pourrait être drôle. S'offrir de l'affichage en ville, des panneaux 6 par 4 le long des périphériques, avec des slogans révolutionnaires... Tenez, sur fond rose : « Ras le bol d'être fatigué ? Arrêtez de travailler ! ». Et l'adresse de mon blog en bas, comme dans les forums de Libé, mais en plus classe, en plus « vieille économie ». Il suffirait d'un rien. Le don de soi. Totalement gratuit, inutile, dérisoire comme d'habitude, mais avec les moyens. Et puis le plaisir de rédiger une simple lettre de démission, avec les honneurs au président, au directeur, à tous les croyants, à tous les supérieurs hiérarchiques, à toutes les serpillières et à toute l'urine amassée du monde. Puis louer une Ferrari pour une journée et repartir avec. Ce n'est pas que j'aime les bagnoles, c'est que ça correspond un peu à leurs rêves à eux, les autres... Moi, j'achèterais une Toyota si je gagnais au loto. Ça dure longtemps. Je ne changerais pas pour de vrai. C'est juste que j'aurais les moyens de faire des conneries. Et de faire boire du bon vin à mes copains. C'est juste à ça que je pense, à tout ce temps acheté jusqu'au prochain tirage, jusqu'à ce que la femme enfumée derrière le comptoir en plastique bleu me dise « désolée ». Bah là, aucune surprise, au contraire. Je sais que je ne vais pas gagner. Je dépense juste pour l'imagination. En plus, je n'ai jamais joué, hein. Ça ne fait pas cher payé...

par Marc Grousset publié dans : On croit rêver !
Lundi 31 mars 2008
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J'ai en tête un vaste panthéon de professeurs marquants. Ils sont tous retraités maintenant ou presque. Leurs savoirs ne servent plus à beaucoup, ils lisent des livres dans leurs coins, d'anciens élèves les montrent du doigt et parfois leurs serrent la main.


Ils me faisaient souvent peur et inspiraient le respect comme on inspire l'air de ne pas y toucher. Ils n'avaient que faire des « désirs de l'enfant » ou des « besoins des élèves ». Ils nous apprenaient des choses. On écoutait. Même le plus fumiste y trouvait son compte un jour.


L'enseignante de mathématiques me disait de faire moins quand je dessinais n'importe quoi.


Je n'osais pas lui répondre.

par Marc Grousset publié dans : Le temps passe
Lundi 31 mars 2008
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En 1980, j'imaginais l'an 2000. À l'époque, 2000, c'était le futur inaccessible. Les centres commerciaux s'appelaient « Truc » 2000, les ordinateurs et les jouets avaient du « 2000 » dedans. En 1980, bon sang, l'an 2000 !


Je dois avouer que c'est bientôt la fin. L'heure du bilan disent les comptables et les rabat-joie sous les abat-jour un peu sombres. Alors voilà : l'an 2000, c'était bien loin de ma science-fiction. Aujourd'hui 2008, on a tout. Tout plein de trucs nouveaux. Des trucs complètement chiants.


Alors ça m'ennuie.


Enfant, j'étais certain d'être fait pour un certain l'an 2000. Même si j'avais mal compté et que j'imaginais avoir aujourd'hui six cents ans. J'imaginais un an 2000 à la pêche. Avec des ruisseaux et des vaches, la justice comme dans Pif Gadget, et puis sans doute un État Palestinien. (non, je n'y ai jamais cru).


Un peu plus tard, je me voyais bien dans une dictature cybernétique à pouvoir central et idéologie des plus collectives. La bombe atomique quelque part sur un coin de l'hexagone, des troupes étrangères, allez savoir.


Si j'aurais su, j'aurais resté en 1977. Un été trop chaud, une maîtresse hystérique pour mon CE2, la balle au prisonnier dans la cour. Des copains d'innocence, des filles méchantes tant qu'on leur tirait les cheveux.


Mais me v'là là. À causer dans le poste.

par Marc Grousset publié dans : Le temps passe
Lundi 31 mars 2008
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Bienvenue !


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