Bon week-end !


 

par Marc Grousset publié dans : Humour et jeux
Samedi 31 mai 2008
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Ah le sale con. Mais le sale con, quel con, je ne descends pas ! Il a qu'à venir s'excuser. En plus, je vais être en retard au rendez-vous ! Heureusement que je suis seul dans la bagnole, ouf. Me voilà encastré sous un poids-lourd, et coincé sous le pont. Mais quel con !


Je ne bougerai pas, tu peux courir ! Et pas la peine de venir me gueuler dessus, sale con alcolo à fumer ta clope en bagnole, à conduire d'une main ta grosse bagnole et tu viens juste de détruire la mienne, merde. Je ne bouge pas, et arrête de gueuler pour que je sorte !


Je vois ma bagnole, assuré au tiers, elle a 10 ans, pff. Je l'ai payée 5000 balles mais quand même, ça sent la casse. Je l'aimais bien elle roulait bien. Roulait au SUPER oui d'accord, mais quand même !


Non je ne sortirai pas !


Tiens v'là les pompiers qui s'agitent avec leurs casques-miroirs pour rouge à lèvres. Je ne bouge pas, je vous emmerde ! Je ne sors pas tant que je vois ce connard qui me gueule après ! Il en chiale tellement qu'il est énervé cet abruti ! C'est pas de ma faute ! JE NE SUIS PAS EN TORT, T'AS GRILLÉ LA PRIORITÉ !


Ce que les gens sont cons !


Mais il est taré ce pompier ! Il découpe la tôle au niveau de mon cou ! Mais ça va pas non ! Oh ! Il va me blesser, cet abruti ! Je ne bougerai pas tant que l'autre dingue n'aura pas les menottes aux poignets. Non mais oh ! V'là les flics ! Font un constat. Le voilà qui souffle dans le ballon ! Bien sûr qu'il est bourré ! Venez m'interroger les gars, je vais vous le dire moi !


Je ne bouge pas. Je vois le jeune pompier qui enlève son casque. Pas très prudent. C'est un jeune. Pas ridé. Petit con tiens, tu dois pouvoir te taper plein de nanas, ah, la belle vie. Tu sais, dans ma tête, je suis un peu vieux con même que j'aimerais des fois retourner en arrière mais bon. T'es livide mon pote ! Oh ! Pompier ! T'es tout pâle tout blanc comme un cierge de Pâques qui disait l'autre !


Je ne bouge pas. Je vois bien que tu me prends le pouls mais tu vas te dégueulasser la main, y'a du sang partout petit gars !


Je ne bouge pas. J'ai la tête vers toi. Je ne bouge pas.


J'entends pas ce que tu me dis. Tiens, c'est marrant ça, depuis le début j'entends rien. Je vois la scène à gauche par la portière. Les flics éloignent les gens, l'autre râclure de chauffard assis là-bas livide sur le trottoir qui pleure qui gueule. Le petit pompier tout pareil. Je ne bouge pas. Je ne bouge. Je ne.


Je.

par Marc Grousset publié dans : Impuissances
Samedi 31 mai 2008
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Si les grands hommes d'autrefois avaient accès à Internet, qu'en feraient-ils ? Des fois, on s'demande. Rimbaud, Voltaire, Verlaine, Steinbeck, au hasard. Que feraient-ils ? Et si Mozart avait eu accès au dernier Roland™ FP3 multiprogrammable ? Partiraient-ils d'un rire sardonique et moqueur, n'ayant besoin, finalement, que d'un bout de carton et d'une plume pour poser noir sur blanc ces éclairs de génie traversant leurs têtes et pas celles des autres ? Orson Welles serait-il heureux de posséder un portable Apple® en titane pour monter ses films numériques ?


Des fois, on s'demande.


Je me demande souvent.


Le texte ici-là sur votre écran (oui, je vous interpelle, pardonnez-moi), est lu en moyenne au moins quelques dizaines de fois dès demain, et encore chaque jour pendant les mois qui suivent. Des personnes de n'importe où, au gré du vent virtuel, à s'échouer là, pour lire ceci. Ou cela. Cela est le dernier mot que vous venez de lire. Ça en fait du monde. À consulter les statistiques de consultation de ce que vous êtes vous-mêmes en train de lire, vous avez de grandes chances pour être plusieurs à le lire en même temps, là, à l'heure qu'il est. Vous n'êtes pas seul. La nuit au Canada, le jour en Belgique, et jusqu'en Polynésie. D'une certaine façon, mon âge mental et mes rêves de gamin de douze ans m'ont mis à l'abri de cet attitude blasée qui caractérise l'époque. Quelque part donc, l'idée que des gens à jamais inconnus lisent ce que j'écris ce soir devant un champs de tournesol sous la pluie (déjà loin derrière), eh bien cette idée me fascine. Tout autant, finalement, que le fait de téléphoner aux proches si lointains qu'on ne les aime même plus, par habitude. Contrairement à un écrivain pour de bon, je sais combien de gens sont là, comme vous - c'est-à-dire vous - à lire cette phrase, déjà ponctuée par un point.


Ôh bien sûr, ces petites réflexions sont d'un terrible narcissisme. On s'en moque mon pauvre monsieur, vous êtes un gamin, allez, on se tutoie, t'es un gamin va. C'est la technique, c'est le progrès, tu vas pas t'en plaindre quand même ?

Je ne m'en plaindrais pas, si ce n'était ce détail, cette brindille, cette absence : et après ? Et après ? Que se passe-t'il après avoir lu cette page ?

par Marc Grousset publié dans : Machines à écrire
Samedi 31 mai 2008
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« La certitude du vide est assez envahissante, surtout après, au retour. » Lovan J. Croft

Il y a presque vingt ans, je voulais écrire une somme formidable sur New-York. Mais je n'ai jamais réussi à reprendre mes notes et à en sortir quoi que ce soit. J'avais intitulé ça « Mauvaises nouvelles du nouveau monde ».
Nous avons fait comme prévu. Au lieu de reprendre exactement le même chemin par PennStation et le train direct pour Newark International Airport, nous avons fait quelques pas sous l’ancienne catastrophe. Tout y est presque effacé mais les âmes y flottent encore. Les passants ne pensent qu’à ça et les vendeurs de bidules touristiques ont des cartons complets d’images du 11 septembre, comme au bon vieux temps de la production à la chaîne. Un monument garde en stock les noms des victimes. J’ai trop l’habitude de passer en vélo devant les souvenirs des enfants du village en 14-18 pour être étonné. Une sorte de vaccination culturelle. C’est terrible. C’est fini. C’est fait. Le ciel est bleu et la place est claire. Un moignon d’escalier en béton a été conservé, ainsi qu’une espèce de croix en poutrelles d’acier. Des affiches du plus mauvais goût montrent les pompiers en sauveurs, un noir, deux blancs, de la couleur.
Et puis le vide.
Les deux sœurs et les fourmis en leurs coeurs, et dans les livres souvenirs sur la date fatidique ou l’architecture des jumelles, sur les grandes photos des déflagrations, on peut voir ceci, au milieu des blocs de pierres qui tombent : des corps. Un tronc sans jambe, un tronc sans bras. Celui qui regarde bien verra. Tout est couché sur le papier. Il n’y a plus rien aujourd’hui. Pas même la poussière. On reconstruit déjà alentours. La nouvelle gare est en contrebas, même nombre d’escalators, et les distributeurs automatiques de billets de trains sont toujours aussi compliqués. Je n’ai vu ni Alexandre Adler ni Beigbeder. Je pense qu’ils ne sont jamais venus. Y-a-t-il encore de la poussière d’amiante dans l’air ?
Le train démarre. Adieu le trou. Des Texanes et des Texans parlent fort, nous voyageons sous l’Hudson.
Dans la plaine de l’autre côté, New Jersey, toujours les immondices, les ponts vers le ciel et les avions qui viennent et qui volent et qui vont. Les poutrelles d’acier s’assemblent comme des légos™ dans les grands bras des grands Américains. Des mécanos™ efficaces.

Retour à l’aéroport. Enregistrement, bagages, jolies japonaises. Embarquement, sécurité. Je retire mes chaussures, ma ceinture, tout ce qui fait la dignité de l’homme pudique qui transpire. La machine ne découvre rien de terrorisant en moi, je me rhabille, le sas est passé. Derrière les bais, je vois Manhattan au loin, la nuit qui l’écrase et les lueurs des avions dans le ciel. Un toutes les trois minutes, trois lumières les unes derrière les autres. J’ai envie de revenir, de rester, d’être étranger.

On a repris l'avion dans l'autre sens et la nuit a fini par gagner le combat. Les saisons ont changé et le froid et l'automne. On venait d'ailleurs et le RER B, et Paris, et la Gare, et l'inverse. Austerlitz ressemblait à la France, à moitié reconstruite et pas terminée. Retour à l’échelle des maquettes d’enfants. 1/72ème. Échelle humaine sans folie, échelle traditionnelle. C’était rassurant. Mais pas de quoi déchaîner l’enthousiasme. On était assommé et les yeux piquaient. C'était bien trop court c'était comme en rêve. On a appelé nos amis pour les remercier encore. Le prix du prochain billet nous séparait un peu et mes photos allaient constituer des preuves à charge. C'est bien moi sur l'autoportrait au miroir déformant à Times Square. Une manière impressionniste de tourner le dos à la publicité. J'y étais.

Aller, venir à New-York. Quand je pense que certains n’ont pas ce privilège et que d’autres y vont si souvent qu’ils en ont perdu l’enthousiasme.
par Marc Grousset publié dans : Ailleurs
Samedi 31 mai 2008
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Bienvenue !


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