Enfant, collé sur une chaise de la permanence du collège vu que j'avais encore fait des conneries, j'imaginais l'avenir. L'avenir, c'était 1999. Ça sonnait fort. Des héros américains faisaient les quatre cents coups contre des ennemis robotisés, des droïdes de l'espace, et la planète était sauvée, ou presqu'anéantie. Blade Runner, de la pluie tous les jours, des machines pour nous surveiller. De quoi éveiller l'imagination d'un môme de 14 ans.

 

Adulte collé sur mon siège en salle des profs, j'imagine l'avenir. Ce n'est plus 1999, j'y étais, on n'est pas tous morts. Ce n'est plus 2002, ni même septembre 2001. La fiction a rejoint des réalités que la raison ignore. J'imagine 2008. Et cette fois-ci, ce n'est pas le hasard, l'accolade prophétique de plusieurs chiffres fin de millénaire ou fin de siècle, cette fois-ci, ce n'est plus l'imagination d'un enfant abreuvé à Strange et Pif-Gadget. Cette fois-ci, c'est du sérieux.

 

Je me suis fait engueuler lorsque j’ai dit que les manifs antifascistes étaient inutiles. Pourtant, à la dernière, j'étais heureux de voir les têtes des gens, d'entendre la joie dans les chœurs, ça faisait fier à voir. Ce qui m'inquiète vraiment, c'est 2008. Je ne sais pas encore comment y voir clair, comment le dire précisément. Mais d'ici 5 ans, on aura oublié pas mal de choses, on va ronronner, je suis pessimiste de nature. Et dans 5 ans, Sarkozy aura fait plaisir à qui ? À la droite dure qui veut des claques et des expulsions ? À la gauche démago qui donne des excuses aux circonstances atténuantes ? Sera-t-il capable de retirer des têtes ces ambitions d'argent facile bien plus faciles que la réussite scolaire et l'ascension sociale ? Sarkozy va-t-il assassiner Fadela Amara ? Va-t-il faire taire les rappeurs ? Tout en leur proposant, qui à apprendre le chant, qui à trouver un métier ?

 

En 2008, je serais comme on dit. Car en 2008, le borgne sera encore un peu absent, pour finir enterré, mais ses idées risquent de rester suffisamment congelées pour plaire encore. Et d'autres s'en chargeront. D'ici là, c'est le terreau qu'il faut changer. Pour y faire pousser autre chose.

Mais quoi ?

par Marc Grousset publié dans : Le temps passe
Lundi 31 décembre 2007
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Cette année encore il y a eut l'arbre de Noël où je bosse. Le comité d'entreprise a acheté des jouets en plastique pour tous les enfants du personnel. C'est gentil. Moi-même enfant, dans la boîte où bossait mon père chef de chantier, eh bien, il y avait un arbre de Noël pour les enfants du personnel. Je n'aimais pas trop ça. On m'offrait toujours un jeu de société. Je n'aime pas les jeux de société, ça vous oblige à jouer en société. Je préfère les cerfs-volants, par exemple, mais en hiver, ça se coince toujours dans les lignes à haute-tension et les enfants meurent électrocutés. Alors on leur offre des jeux de société. Ou des consoles pour les consoler.

 

Aujourd'hui, les enfants du principal-adjoint, des profs, et les enfants de l'intendant (et ceux de ses secrétaires avachies), tous les enfants sont venus voir le spectacle débile dans la grande salle. Des clowns même pas bien déguisés, des jongleurs comme dans la rue, des crétins à fumer des pétards pour faire rire les petits enfants. Et puis après, le gentil Père-Noël est venu. Soit. Je n'ai rien contre le Père-Noël. Personnellement, il ne m'a jamais rien fait.

 

Il a pris une grosse voix et les enfants savaient bien qu'ils allaient recevoir des cadeaux. Ce qui était émouvant, c'était le regard des parents. Ces gens-là, mes collègues, mes chers collègues, à se détester les uns les autres moi le premier, eh bien, ô grâce, ô recueillement, les voilà à faire une trêve en rêvant d'un autre avenir pour leurs enfants déjà capricieux. C'était merveilleux. J'ai moi-même souri en m'éclipsant dans le froid et la nuit. Car je sais oui je sais bien qu'eux aussi rêvent par hasard d'une bonne vie pour les petits, et se réjouissent de ce qu'ils imaginent être de l'innocence, quand ce n'est qu'une question de temps ! Et voilà ! Les enfants ne sont pas courant. Voilà tout. Ils ne savent pas encore à quel point leurs parents sont terriblement normaux, terriblement conformes et fades. Mais si gentils. L'adolescence viendra jouer au bowling dans les certitudes, et les parents trop vieux s'en finiront cancéreux, comme de bien entendu. Alors il sera loin l'arbre de Noël du comité d'entreprise. Ça nous fera des souvenirs, des pères Noëls à l'hospice. Mais j'avoue. J'étais ému. J'avoue.

par Marc Grousset publié dans : Le temps passe
Lundi 31 décembre 2007
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Quand j'étais enfant, mon plafond était constellé de maquettes d'avions de la seconde guerre. Le grand cirque, c'était moi. Incapable de poser les bonnes questions à un père peu présent, je rêvais d'une époque héroïque, où, à Londres et dans le maquis, j'aurais débarqué sur les plages de Normandie.

 

Je ne peux m'empêcher de penser à la débâcle et à l'exode en regardant une carte de France. J'y vois la trace des panzers et la percée allemande, le week-end à Zuydcotte et l'Etrange défaite. J'y vois les troupes coloniales qui résistent, et les soldats froidement abattus par les grands parents de types qui traînent sur les plages du midi en tongs avec l'air bête d'aujourd'hui.

 

Parfois la nuit, sur les pavés de la vieille ville, entre les cicatrices des bombardements américains ou allemands, j'imagine le bruit d'une patrouille allemande, et, les jours de grand beau temps, l'arrivée des premiers chars américains. J'imagine la Résistance et les salauds, et je me demande encore qui seraient les salauds si, de nos jours....

 

Nul doute qu'ils seraient nombreux.


par Marc Grousset publié dans : Le temps passe
Lundi 31 décembre 2007
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Ils sont beaux les prolos des classes moyennes (sic) à défiler pendant les grèves d'automne, ils sont beaux !

 

Ils sont beaux mes prolos ! Ils sont beaux ! Trois douzaines le kilo, trois douzaines le kilo !

 

Autrefois, les prolos, que l'on n'appelait pas encore classe moyenne, et qui, finalement, n'ont en commun que leurs statuts d'employés, autrefois, donc, les prolos étaient censés, dans tous les pays, s'unir. Ah, la jolie phrase que celle-là, prolétaires de tous les pays... Bien qu'elle fût dans la plupart des cas chantée dans les premiers rangs par de sacrés salauds et des nationalistes en général, ça avait de la gueule cette manière d'envisager que l'on pouvait dépasser les frontières. On sait ce qu'il en advint. Et je n'ai aucun doute sur ceux qui la chantent encore : donnez-leur un grand soir, et nous voilà tous Jeanne d'Arc sans les voix.... mais les pieds au chaud, et l'énergie écologique.

 

Quant à aujourd'hui, car aujourd'hui pourrait être un personnage, à l'heure où, je me le répète, il n'y a rien à espérer d'une jeunesse toute convertie au dernier produit à la mode, nouvelle église, nouveaux aliénés, il n'y a plus grand-chose non plus à espérer du parti de ceux qui défilent, malgré parfois des élans du cœur qui font encore du bien, quoique : on ne fait plus le poids. C'est que l'union internationale des damnés de la terre a été supplantée par la déferlante des fonds de pension et, en son sein, par les actionnaires de tous les pays. Ceux-là en profitent, c'est leur essence même. L'actionnaire profite de la mondialisation, voilà pour l'aspect ontologique. Pour les conséquences, il est funeste de s'apercevoir que la fin de l'utopie voit le triomphe de son contraire, entendez par-là que les actionnaires d'autrefois, avides de guerres, maîtres de forges, adeptes des massacres dans les tranchées détrempées de la Somme et de l'Est, eh bien ceux-là se serrent la paluche par internet, en regardant temps réel les lieux où l'on pourrait rapidement (temps réel encore) investir immédiatement dans d'autres prolos qui ne le savent pas encore, afin de tirer profit (encore), immédiatement (toujours), de leurs placements. Et que ce soit dans le pays le plus peuplé du monde et (aussi) la plus grande dictature contemporaine de ses peines de morts collectives ne leur fait guère froid au cœur tant qu'ils peuvent (au choix) acheter des 4X4 allemands ou japonais pour éviter les grèves des transports en commun où les grévistes s'entassent vers 19:00, avant de retrouver le quotidien des sans espoirs et la télévision.... Du moins est-ce le cas dans mon angle de vue français, minuscule lucarne d'un satellite en déroute.

 

La voilà, l'Internationale. Elle a bien changé.

 

Il suffirait pourtant de peu : les grains de sable sont abordables. Un boycott des produits à bas coûts. Ce matin au supermarché, la déferlante chinoise s'amusait de mes propos, du moins dans la folle personnification que j'osais lui prêter en regardant les caisses ouvertes sur des outils plastiques, des multiprises à trois ronds, des lecteurs divX à 40 euros et à l'espérance de vie sahélienne, tout à un franc tout à rien, rien du tout, rien. La vie est une braderie permanente, ce qui ne lui donne guère plus de sens. Il suffirait d'un rien disais-je, pour changer les choses. Un boycott de la télévision. Un boycott des friandises, des distributeurs automatiques, un changement de rythme, comme dans ses envolées lyriques qui voient les jazzmen passer du ternaire au binaire et nous soulager de l'incompréhension ou de l'inhabitude du premier, pour finalement revenir vers ce ternaire plus entraînant, plus difficile. Si seulement on passait au ternaire, au oui, non, peut-être, alors là, ça aurait de la gueule.

 

Mais allez expliquer cela à la ménagère de moins de cinquante ans, et à son mari, l'actionnaire de tous les pays...

par Marc Grousset publié dans : Sociologie en superficie
Lundi 31 décembre 2007
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Bienvenue !


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