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Il est des chênes qu'il faut abattre, et plutôt deux fois qu'une. Marcovaldo est de ceux-là. Sa personnalité immense a marqué son temps d'une indélébile empreinte, nul historien sérieux ne le contestera, en tout cas pas devant moi et pas s'il est tout seul...
Fils d'une garde-barrière méritante prématurément pendue à son sémaphore par l'unique
survivant de la catastrophe du Paris-Strasbourg et de père inconnu à moins de chercher vraiment la petite bête, Marcovaldo manifesta très tôt des dons hors du commun.
À huit mois, en s'aidant uniquement de vieux bâtons et de crachats dans l'eau, il réinventa
tout seul la géométrie euclidienne, la littérature marginale serbo-croate et la chirurgie du cerveau. Il n'avait pas six ans quand son sublime « Traité des surfaces poisseuses
» lui valut d'enthousiasme la chair de mathématiques pathologiques à la Sorbonne. L'année suivante, le prix Nobel de la Guerre Froide couronna son désormais classique « De
l'attentat à la pudeur considérée comme une science exacte ». Se succédèrent alors une série de chefs-d'œuvre dont nous ne citerons que ceux-ci, dont l'influence sur la marche
triomphale de l'humanité vers les lendemains où l'on rase gratis fut décisive : « Augmentez vos revenus par l'élevage d'escargots dans le tiroir de votre table de nuit. », «
Atlas des maladies répugnantes (en couleur). » Abrégeons...
J'écrirai un jour la biographie de Marcovaldo. J'attendrai pour cela qu'il soit mort. Si je
meurs avant lui, il écrira la mienne. Le premier de nous deux qui mourra deviendra donc célèbre. L'autre, pour se consoler, gagnera beaucoup d'argent, car les biographies des gens
célèbres se vendent bien. Nous n'avons donc ni l'un ni l'autre de souci à nous faire pour notre avenir. Et vous, ça va comme vous voulez ? Jean-Claude & Delphine.
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C'est vous qui le dites...