Balade en vélo. Affublé en pingouin de chez Pinder*, je dégringole dans le vallon vert ensoleillé. L'enthousiasme d'un enfant, envie de crier « youpi ». Au bord de la rivière sereine et surprise par l'été (pensez-donc, on l'a privée d'un hiver, je roule cahin-caha, caca-boudin youpla boum. Oui c'est bête, mais le vide se fait, ça décongestionne. Re-youpi.
Continuant ma quête de l'infini intemporel, me voilà dans un coude discret, entouré de peupliers neigeux (c'est l'heure pile de la reproduction, pissenlits géants), de châtaigniers majesteux, et de deux amoureux allongés dans des positions étranges, même pas gênés par mon passage intempestif. Entourés de cellophane, ils feraient une belle couverture 3D pour la presse à scandales people et Village People.
Plus loin, un pêcheur. Un pêcheur à la ligne, avec deux cannes et deux bouchons identiques, deux balles vertes minuscules percées d'une petite pointe orangée pour différencier le haut du bas que l'on confond déjà dans les reflets.
Aujourd'hui, j'aimerais bien prendre sa place. L'attente dans l'herbe, et surtout, la première touche, le frôlement, cette petite vibration, propre à chaque espèce de poisson, la tanche qui met tout à plat, la carpe qui plonge tranquillement (c'est une sorte de diesel), la perche qui file, la truite méfiante, le poisson-chat toujours pas mort au bout de cinq heures à dessécher dans l'herbe (le poisson-chat est made in USA, il est au goujon français ce que le MacDo est au bistrot du coin...). La première touche, incroyable, rompant le calme général, elle annonce comme qui dirait un changement dans la vie aquatique. De l'individuel, on implore le collectif : si y'en a un, y'en a plusieurs... C'est l'heure où ça mord, c'est le moment, fallait attendre. Le premier poisson est toujours censé annoncer le miracle et les suivants pour la friture.
Voilà, rapidement dressée, la psychologie du pêcheur à la ligne. Histoire de pas rentrer bredouille.
Merci, toi de même, cher Jim.