J'ai vécu quelques instants autrefois à Los Angeles.
Débarqué de nuit par avion, la ville s'annonçait comme un marécage sec de néons rectilignes, parsemé ça et là d'hélicoptères et de fuyards. L'airbus lui-même perdit son temps à tourner en rond au-dessus de ce qui ressemblait déjà au décor de Blade Runner, la pluie en moins mais qu'importe. Un étrange avenir s'étalait sous mes pieds, bien loin de la féérie new-yorkaise.
Cette ville, je l'avais vue autrefois dans des séries du dimanche. Je ne l'imaginais pas autrement. Elle n'existe pas. Ce n'est pas une ville. Peut-être même est-ce la première non-ville au monde. Un lieu sans nom.
Des valets mexicains servent la soupe à des stars en garant leurs voitures de sport à l'arrière des restaurants. Le monde entier s'y côtoie et s'oublie. Il se retrouve alors désossé, ce monde, et perd immédiatement l'adjectif que l'on croyait lui adjoindre. Entier ne veut rien dire ici. La non-ville est un éco-système bétonné, fabriquant du rêve pour des bouseux aux allures transgéniques. Car il faut les voir sur le boardwalk du Pacifique, cet endroit le plus éloigné de chez moi et de chez n'importe qui : oui, chaque jour dillettante ou presque, j'avançais dans le sable à marée basse pour établir ; faute de biceps ; mon record personnel, l'éloignement le plus absolu de ma vie d'origine, plein ouest.
Des hommes et des femmes dans des barquettes en cellophane paradaient au zoo des désirs assouvis trop tôt. Partout, aussi loin que le paysage pouvait s'arrêter et se corrompre, des montagnes de muscles ou de lard - selon le moment de la dépression personnelle - s'ammoncelaient en des tas informes ou diformes, plein d'une assurance pleine de tolérance.
J'ai alors compris pourquoi les hommes là-bas avaient tant hâte d'en finir.
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