L'autre soir, on me dit « Ce soir, il y a la seconde guerre mondiale en couleur à la télé ». Il était trop tard pour voir l'émission. Je n'ai vu que la fin.
La guerre en couleur, le passé en couleur.
Découvrir cette invraisemblable ressemblance avec ces gens, ces rues, ce temps-là. Découvrir les champs de blé d'Okinawa, voir pour de bon un P47-D envoyer ses huit roquettes sur un train en France, voir des parisiennes de 1944 aussi maquillées que celles d'hier soir.
C'était donc vrai, la guerre, celle que l'on taisait en noir et blanc, celle qui se faisait mythologie, celle qui n'était qu'oubli.
Elle vit dans la couleur.
Ces gens sont nous. Ni téléphone portable, ni Internet. Ils sont nous. Aucune mutation génétique pour les confiner dans une altérité granuleuse, aucun progrès technologique pour éloigner l'horreur et le désarroi. Ils sont nous et transforment le temps en un étrange conditionnel passé auquel personne n'échappe.
Et si les pavés sont dorénavant scellés dans du béton blanc, et si les rues se font piétonnes, et si le blé pousse plus haut, plus droit, et si même le temps s'arrête pour nous dépasser moins, la couleur du passé nous rappelle l'évidence : rien n'a vraiment changé.
C'est vous qui le dites...