J'ai vu quelque part que la machine à écrire d'Hervé Guibert était à vendre aux enchères. Ça alors. Ça alors pour plusieurs raisons. La première, c'est que s'il avait écrit avec un ordinateur, c'est-à-dire avec un machin en plastique que l'on délaisse au bout d'un an au profit d'un autre plus rapide qui ne permet à personne d'écrire plus vite, eh bien, il aurait fallu chercher dans les casses, les décharges, ou un pays du tiers-monde, le clavier, l'écran et l'ordinateur-fétiche de cet écrivain mort trop jeune.
Ça alors parce que donc, il écrivait sur une vieille machine à écrire. Pas sur un ordinateur. Il n'était pas moderne. Et pourtant, il écrivait très bien, et je relis souvent ses articles sur la photographie, et j'admire l'élégance, la distance, la retenue. Ainsi donc tout cela a été écrit avec une vieille machine, comme celle que mon grand-père ramena d'Allemagne au printemps 1945 avant de la faire franciser.
Comme c'est étonnant. Le progrès technique n'a donc aucune influence sur l'art ? J'aurais dû m'en douter. Je le savais déjà en photographie, bien que mes doutes m'assaillent encore parfois. Mais maintenant, savoir qu'un écrivain utilisait une vieille machine et découvrir - mais bien sûr ! - que d'autres encore se contentent d'une feuille et d'un stylo, alors là, c'est fou.
Qu'est-ce qu'on ne nous vendrait pas, pour nous faire croire !
Toujours une histoire de foi, en sorte.
C'est vous qui le dites...