Le luthier que je connais ressemble à un nounours habillé en noir. Dans son atelier, il y a des violons qui attendent les doigts de petits bourgeois. Si l'idée fait déchanter, le décor vaut le détour. Et si l'on ne sait guère tenir un archet, on peut toujours glisser son nez dans les bouts de peupliers qui sèchent au hasard, dans ce bordel ambiant, rappelant comme nécessaire qu'il existe des grandes satisfactions, et qu'elles sont manuelles aussi.

 

La nouvelle économie, malgré ses vagues déferlantes et ses hurlements presque vulgaires, ne risque pas de l'atteindre. Bien sûr, il pourrait faire créer son site, et montrer à l'écran ces écrins de bois vernis, sous toutes les coutures. Il pourrait foutre une webcam dans un coin, et le surfeur hawaïen tomberait par hasard dans ce qui lui semblerait moyenâgeux.

 

Par chance, le bonhomme s'en fout. Pas méchamment. C'est juste que sa pendule n'a pas la même heure. Parfois au dîner, il se lève et va se coucher, sans même troubler les conversations des autres par un mot de trop. Parfois en pleine conversation, il se tait, monte l'escalier, et va coller ses planches en discutant de musette ou de Ferré.

 

Il est comme inamovible.

 

Si seulement un jour, même dans longtemps, et par pure provocation, des milliers de petits gamins, au lieu de rêver à l'envers, se mettaient au violon pour ne pas y finir...

par Marc Grousset publié dans : Portraits gentils
Vendredi 27 juin 2008
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Il a de petites mains noueuses. Les manuels diraient qu'il a des mains de manuel, les intellectuels ne diraient pas grand-chose, tant ses mains sont loin des mains des pianistes.

 

Il est pourtant pianiste, et faut voir ça.

 

Il travaille dans une espèce de banque centrale, à Varsovie, pendant les années de plomb. Il me rappelle quotidiennement les médiocrités du monde civilisé, de celui qui repasse les billets dans l'ordre d'apparition.

 

Son chef le menace, car il est le chef. Mais que faire d'un pianiste qui comprend mieux Excel que la hiérarchie compétente ?

 

Il rêve de vivre avec son piano, son orgue. De bals en bals, de cachets en cachets, ça aurait plus de gueule que les murs trop droits d'un institution qui sent la naphtaline. Ah ça, oui, pour avoir de la gueule, ça aurait de la gueule. Pas star, notez bien, juste musicien, ce serait déjà pas mal beaucoup.

par Marc Grousset publié dans : Portraits gentils
Lundi 16 juin 2008
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Hier, chez des amis, on a mangé des filets de perche savamment accompagnés d’un jus de je ne sais quoi, et ça m’a rappelé qu’il y a quelques années, j’avais fait la connaissance d'un ami, le gérant du lieu, qui m’avait servi des filets de perches, avec en fond sonore un excellent disque de Dean Martin. Il y a parfois des déjeuners magiques, où la beauté, la grâce, l’humour et la musique se relaient autour de votre table comme une ronde de fées bienfaisantes. C'était hier.
par Marc Grousset publié dans : Portraits gentils
Lundi 26 mai 2008
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Aujourd'hui, Christiane est rentrée de vacances. Elle était partie dans un pays chaud, pour voir si les plages de là-bas donneraient cette couleur estivale à sa peau molle et épaisse.

Pari gagné.

 

Elle est radieuse, comme toutes les fois qu'elle rentre de congés, vacances pendant trois semaines. Car il y a le temps de voir le bronzage disparaître, celui du développement des photos couleurs, et enfin celui de les montrer à ceux qui s'en foutent, votre serviteur par exemple.

 

Parions, dans la foulée, que les photos ressembleront à celles de l'année dernière. Paysage en contre-jour, sous-exposés; flash sur les enfants de Christiane, rougis par la nuit et les parents qui les emmerdent; plage avec du sable et des parasols, quelques clochers dans un cadrage raté, avec toujours un type inconnu qui passe au mauvais moment pour tout gâcher. Sans oublier sa photo préférée, celle qui lui donne l'espace d'un instant l'illusion d'avoir pu être une artiste, si le conditionnel ne s'était pas mêlé à l'affaire aussi sûrement que son mariage trop précoce.

 

Et chaque année, Christiane rythme son temps par les mêmes commentaires superficiels sur ses vacances légères et les moments apéritifs. Et tous les ans elle précise qu'elle n'a pas envie d'apprendre la photo en voyant ma moue dubitative devant ses couchers de soleil verdâtres sur pellicule bon marché.

 

Elle ne veut rien apprendre, elle a toujours été vieille. Pourtant elle voyage.

par Marc Grousset publié dans : Portraits gentils
Mercredi 12 mars 2008
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Bienvenue !


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