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Sur la photo aux bords découpés, on voit mon père dévorant un poulet. On voit mes trois cousins. Mes oncles et tantes sur une autre photo. On ne voit pas ma mère et c'est logique, elle est aux commandes, clic. On me voit aux premières loges. C'est l'été 1973 je crois, j'ai trois ans. 


Bien après la guerre, nous rentrions d'Algérie. La 4 CV fière et les peupliers en bord de Nationale. Oh bien sûr, aujourd'hui, ça ne veut rien dire. Une image ancienne pleine de déjà morts, un passé très lointain. Aujourd'hui, on ne pourrait pas.


Aujourd'hui, le poulet finirait sur un banc en bois au beau milieu d'une aire de repos, couverts en plastique, sac poubelle. Les quatre gamins se réduiraient à deux. Ce n'est pas une mauvaise chose tant qu'on a la Chine. Et nos routes en week-end se pavanent de surenchères. Des voitures énormes et surtout neuves.  


Les routes le week-end. À chaque autoroute je conserve mon étonnement. Nous avons des monospaces. De l'air climatisé et jamais assez de place. Les monospaces comme par eux-mêmes se rajoutent des panoplies, des caravanes, des coffres sur le toit, des porte-vélos, des entassements. Jamais assez de stocks, on ne part pas léger, on ne savoure pas, on file. Les lits des enfants, les jouets des enfants, les parasols, les anti-moustiques, les transatlantiques, la radio, la télévision, une roue de secours, trois téléphones portables, un ordinateur, quelques vélos, le GPS, l'ABS, les airbags, le maquillage pour les gamines au-delà de 8 ans, des consoles de jeux, des CD, des lecteurs portables, du MP3, des acronymes. Des jeux de société. Des engueulades. Deux sièges enfants. Radars. Antiradars, etc.


Une glacière branchée à l'arrière sur l'allume-cigares. Du surgelé.


Et Paris qui dégueule, et dans l'autre sens, Paris qui aspire. Des millions de bagnoles comme du sang trop épais et coagulé en route vers le nord, dégoulinant vers le sud, à jours fixes de l'année. Comment Paris peut-elle dérouler ces files puis les enrouler à nouveau l'hiver ? Où les met-on ? Et en plus, à la même période, les trains sont pleins.


Une voiture moyenne doit consommer tous passagers allumés dix fois plus que le rire de mon père l'été 1973 avec son poulet à la main. En kilowatts, ça doit faire beaucoup. Tout cela au conditionnel, il n'y a pas d'échelle de mesure.


À la fin de chaque autoroute, un péage. On s'arrête puis on repart.


Mais où s'arrêtera-t-on ?


En Chine.

par Marc Grousset publié dans : Le temps passe
Mardi 15 juillet 2008
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À une époque certaine, j'osais tendre le pouce vers d'improbables automobilistes. Ils m'emmenaient ça et là, du nord vers le sud ou du nord vers l'ouest, et inversement au retour. Il fallait parfois attendre des heures.
Irrémédiablement, au bout d'un certain temps qui passe, je me disais que, de toutes façons, le temps passe. Et je m'imaginais ailleurs que sur une bretelle d'autoroute, à regarder passer les camions la nuit. Un jour, demain, dans deux heures, je savais que je serais ailleurs.


De toutes façons, le temps passe.

par Marc Grousset publié dans : Le temps passe
Mardi 15 juillet 2008
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J'attendais ce soir-là avec toujours le secret espoir d'avoir été compris. Ce n'était pas grand-chose, il eut suffit de m'écouter. Comme on écoute un enfant puisque c'est de cela dont il s'agit.

 

Très étrangement, je ressens encore ce malaise, cette altération des sentiments qui fait suite à la déception. Je revois les scènes, les sourires et surtout les jambes des grands. J'avais envie de dire à quelqu'un ce qui m'aurait fait plaisir. Le plus simple était d'aller parler aux chats.

 

Mais à Noël ou aux anniversaires, je recevais dès très tôt une enveloppe. On m'y précisait de n'en parler à personne, car les maris des autres n'aiment pas trop donner 50 francs à un gamin.

 

Faut dire qu'on ne comprend pas trop ce qui lui ferait plaisir, alors comme ça, il décidera lui-même.

 

Ça m'aurait fait plaisir que l'on sût ce qui m'aurait fait plaisir. Mais les sous dans une enveloppe, c'est tellement plus pratique...

par Marc Grousset publié dans : Le temps passe
Mardi 15 juillet 2008
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Moi, à dix ans, je ne regardais pas les oiseaux, ni les couchers de soleil, et pourtant il y avait plein d’oiseaux, où abondent les marronniers, les chênes, les bouleaux. Plein d’oiseaux en montagne, dans les vallées. Au fait, mon regard s’attardait sur quoi, quand j’avais dix ans ? C’est amusant de se souvenir…Eh bien, réflexion faite, j’étais obsédé par les cheveux des filles. Amoureux de mes petites camarades, rien que pour leurs cheveux, sauf quand elles avaient des nattes. Ou des boucles « à l’Anglaise », que j’appelais des crottes. On n’est pas trop romantiques, à dix ans. Par contre, un an plus tard…On en causera un jour, quand on aura une attaque de nostalgie. Sachez déjà que ma onzième année fut dominée par Natacha. Et vous ? Vous n’auriez pas quelques petits poèmes au fond de nos tiroirs ? Quelques couplets magnifiquement maladroits, qui sont les frangins de la poésie…



par Marc Grousset publié dans : Le temps passe
Lundi 14 juillet 2008
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Bienvenue !


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