Une photo dans un magazine : des croyantes enturbannées des pieds à la tête réclament dans un ailleurs assez proche la fin de leur propre émancipation. Ces femmes réclament la juste application de ce qu'elles considèrent comme la nature même du monde : l'uniformité qui structure les consciences et affaiblit les dangers. L'uniforme est là, noir et triste, cachant ce qui fait des femmes le désir et la conscience, et de ce subtil mélange des deux précédents dont naît cette forme d'amour que l'on croit libre : l'amour libre.

 

Il existe donc, de par le monde, des millions de gens qui ne réclament qu'un uniforme, qu'un livre, qu'un temps, qu'un plat, qu'une vie, semblant ainsi se satisfaire de leur triste sort si les autres l'acceptent de même.

 

Il faudrait obtempérer.

 

Nulle technologie, nulle éducation, aucune « culture » ne peuvent mettre en déroute ou ne serait-ce qu'ébrécher les murs de certitudes des traditions de certains mondes.

 

Un maraîcher de mon voisinage enfantin appelait autrefois ses enfants sur le coup de sept heures les soirs d'été, afin qu'ils rentrent chez eux, bien que le soleil fût toujours haut. Et si nous occupions le jardin d'entre les nôtres, rendu innoffensif par l'état de sénilité de sa vieille propriétaire, alors le père légumier avait à notre attention une phrase absolue, qu'il m'est toujours impossible de comprendre, il disait : chacun chez soi.

par Marc Grousset publié dans : Théories
Mardi 22 juillet 2008
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Beaucoup d'optimisme mais des réserves, voilà comment fut accueillie la nouvelle : il paraîtrait que l'on va mettre au point un moustique transgénique incapable de transmettre le palu, mais se reproduisant un jour avec entrain, imposant son nouveau gène à ses descendants.... La recherche transgénique n'en est qu'à ses balbutiements, j'ai confiance pourtant, un jour viendra où les moustiques seront de vraies seringues vivantes, pleins de vaccins inutiles contre des maladies à jamais disparues.

 

En attendant, et pour peu qu'un savant fou me lise - le net est au hasard, n'est-ce pas - eh bien, j'aimerais soumettre le projet suivant, petit projet sans prétention mais bien pratique.

 

Voilà : pourrait-on envisager le plus sérieusement du monde de créer un moustique (ou une puce ) transgénique à flinguer les cons ? Une bestiole qui, d'une piqûre, d'un pincement, d'un coup de griffe, donnerait aux imbéciles nombreux qui nous entourent le sommeil éternel dont ils s'honoreraient ? Attention bien entendu, il faudrait que la chose se fasse impérativement la nuit dans un lit, sans souffrance ni prémisse, sans risquer l'accident de voiture ou la chute soudaine au milieu d'une piste de danse écrasée par le vacarme... Il s'agirait d'une nouvelle arme chrono-biologique.

 

On me rétorquera de la difficulté de liquider tous les cons de la planète, et du fait qu'on est toujours le con d'un autre, et moi le premier ma bonne dame, suffit de lire mon courriel parfois pour tomber des nues à défaut d'un trottoir.... Ah là là, comment identifier les cons, les gros cons ? Par exemple, les cons à fabriquer l'insécurité ? Facile : ce sont ceux qui ne respectent pas le code de la route sous l'excuse fallacieuse mais volontaire qu'ils savent mieux conduire que les pauvres pauvres ne possédant pas un 4x4 allemand. Ceux-là, on les voit. Ah, bien sûr, on perdrait dans l'affaire quelques chirurgiens, quelques notaires, des pharmaciens et des footballeurs. Mais bon, imaginons quand même le crédit donné à la vie en les comparant avec les patronnes de boîtes de nuit, les chauffeurs de taxi de province, les commerçants en franchise, les diplômés d'écoles de commerce... J'en passe et de bien meilleurs. Un moustique par grosse bagnole, un insecte par excès de vitesse... Dans le même registre mais à l'autre bout de l'échelle sociale en panne, les amoureux du tunning et ceux qui percent les pots d'échappement des mobylettes, à défaut d'un nom plus court, ceux qui me réveillent la nuit. Un petit moustique. Ceux qui votent mal, ceux qui pillent les richesses de l'État, ceux qui piquent dans la caisse, les donneurs de leçon, les faux-chanteurs et les vraies beuglantes, les inventés du sans-talent, les filles qui passent à la télé la bouche ouverte, bon sang de bonsoir, mon moustique aurait le cafard devant tant d'hécatombe ! Sans compter les admirateurs de ci, de là, les croyants intransigeants, les serial killers, les pères qui marient leurs filles sans consentement, les maris qui trompent leur monde et les femmes infidèles, pour faire plaisir à Brel et rigoler un bon coup.

 

Ah, Géo Trouvetou, Nimbus, Tournesol, Gaston Lagaffe, pourquoi êtes-vous partis si tôt ?

par Marc Grousset publié dans : Théories
Mercredi 16 juillet 2008
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Aujourd'hui, où le haut-débile se profile à l'horizon chargé du pour tous et pas cher, je feuillette le magazine Photo à la maison de la presse. Enfin, c'était plutôt vendredi. Très mauvais magazine, plein de poupées siliconées, revues et corrigées, tantôt vamps, tantôt vulgaires, alternant sans ambages avec des photos de paysages et des tendances très chics. Tous les magazines traitant de la photo sont d'affreux catalogues que l'on redoute.


Un article sur le festival photo de Lyon, et une photo. Une photo où l'on voit un homme hilare tenir par les oreilles un autre homme aux yeux clos, tandis qu'un troisième, à l'arrière-plan et dans le triangle formé par le bras droit du premier, sourit de la scène. Composition moyenne, couleur, pas grand chose. Si ce n'est bien entendu que cette photo recèle un sacré trésor : la barbarie. L'homme hilare tient par les oreilles la tête d'un autre homme, fraîchement coupée, et un troisième en rit. La tête décapitée n'a plus de corps, pas d'enfance, pas de mémoire, juste une coiffure rasta. Nous sommes au pays des Noirs, et la photo nous rappelle que les barbares, ce n'est pas nous. Oh oui, ils nous entourent, mais suent bien plus sans nos déodorants et leurs parlements vides ou inexistants feraient bien de prendre modèle sur notre sénat où croupissent de vieux indigents bien placés. Elle en dit des choses ! Ces Noirs pourraient être russes avec étoile rouge ou parka pour le froid. Ils pourraient être n'importe quoi sauf nous. Et le photographe pas cité, combien de temps a-t-il vomi ? Avant ou après la prise de vue ? Que veut-il nous dire ? Il faudrait un peu arrêter de croire que l'on dénonce l'injustice en la montrant. On ne dénonce l'injustice qu'en essayant de promouvoir la justice, et c'est bien plus dur. Les photo-reporters sont avant tout des vendeurs de scoops, de mort pas chère, de chair fraîche à canons. Le discours ne vaut rien, c'est du vent, de la conscience tranquille, du paravent. De même qu'un livre n'a jamais changé la face du monde, même un grand livre, même un bon. Une photo abjecte, ça ne sert à rien. On est déjà au courant, malgré les privatisations.


Non, ce qu'il nous faut, ce sont des morts. Pas des petits vieux bien propres périclitant dans des maisons de retraites ventilées comme des plans-comptables. Non, il nous faut un flot incessant d'ordure, de sang et de dorures, de l'inattendu, bref, la peur au ventre, car celui-là, nous, communauté, collectif, celui-là est si bien nourri qu'il réclame aussi des sensations. Il est temps d'assassiner les enfants en direct, de jeter les bébés par la fenêtre (là encore, une photo dans un magazine merdique nous vendait la chose), il nous faut du mort-né mais avec conscience. À défaut d'amour, nous méritons le danger. En panne d'aventure, besoin de sanctions. Jamais vu la mort de loin aussi souvent. C'est tous les jours ! Par l'oreille, par l'œil, par où vous voulez si ce n'est par le nez. Le nez, ça rouille, ça crédibilise, ça rapproche. La mort proche, ce n'est pas tous les jours par chez nous. Alors on culpabilise. 70 ans de tranquillité, ça commence à faire long. Mais l'odeur des cadavres, s'il vous plaît, quand même ! On est où ?


Notre nez est comparable à un sanctuaire. C'est pour cela que les fumeurs subsistent, ils lui en veulent. Ces sensations que l'on a du nez, ces souvenirs qui reviennent, c'est d'un tel réalisme, aucune virtualité possible, un scandale absolu. Oui, la tendance est à la destruction du nez, le dernier sens authentique.

par Marc Grousset publié dans : Théories
Samedi 5 juillet 2008
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La Terre est invisible. C'est étrange d'avoir les pieds posés depuis toujours sur une planète absolument si évidente qu'elle en est invisible. Il n'y a rien d'important donc ici bas. Mais depuis quelques jours (les dates n'ont pas d'importance), on reçoit des photos de Mars. Mars, mythologie, super-héros, David Bowie, Mars, quelle planète !


Sur Mars, que des cailloux.


Même pas un scorpion au milieu, même pas un nuage, pas un cactus pour agrémenter le vide. À quoi nous sert Mars ? La Lune était pour l'Amérique un épouvantail face aux Russes. Mais Mars ? À quoi bon ?


Moi aussi je peux faire des photos de cailloux là, sur ma terrasse. Bel objet, rond, ramené d'étés anciens et oubliés, comme les photos au fond des cartons déjà humides, le tout jauni par un temps qui passe partout, y compris là-bas, sur Mars.


A-t-il plu un jour sur Mars ?


Et après ?


Aurait-on l'idée de coloniser Mars ? De le peupler ? D'y ajouter une atmosphère Total Recall ? Qui y croit ? Nous n'irons jamais sur Mars.  


Combien tout cela coûte-t-il ? Quel budget pour un espace vide ? Et quel intérêt de mieux connaître nos origines quand on court à sa perte ? Avec cette énergie dépensée, on pourrait repeindre le désert, redonner des marées aux lacs évaporés, on pourrait éduquer les sans rien, désarmer les menaçants, on pourrait sans doute. Rouler en vélo, prendre plus son temps, remplir les bibliothèques. Je ne sais pas.


Je ne sais pas ce que l'on pourrait faire avec tout l'argent consacré à photographier des cailloux à l'autre bout d'un système solaire un jour trop petit, trop connecté. Faut-il que leurs femmes soient laides pour espérer découvrir des paysages aussi loin dans la galaxie ! Car ceux qui envoient des robots sur Mars croient encore en dieu, c'est tout dire, c'est presque sans espoir.

par Marc Grousset publié dans : Théories
Dimanche 29 juin 2008
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Bienvenue !


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