Simplifier. Il faudrait tout simplifier. Parce qu'on n'a pas le temps. Parce que faut faire vite. Parce qu'on n'est pas efficace. Parce que l'orthographe. Parce que la grammaire. Parce que ça sert à rien. Parce que c'est dépassé. Parce que la mode.

 

Mais des fois, un vieux truc compliqué qu'on trouve aux puces, avec des ressorts et des chevilles. Du laiton et du cuivre qui brille en l'astiquant. Des poulies, des roues, des crans, des bobines.

 

À quoi ça servait ce truc-là ?
Je me demande des fois. Je me demande si vous n'êtes pas dans l'avenir là maintenant à regarder ce texte imprimé par erreur au fond d'un carton qui ne sert à rien, en vous disant qu'elle est trop longue cette phrase. Alors je vous le dis : ce texte est issu d'un truc qui ne sert à rien de bien utile, un truc dont je pouvais me passer avant, un truc qui a dû disparaître puisque vous êtes là, à fouiller ce vieux carton, à chercher des textes qui sont d'un compliqué dérisoire.

 

Je vous laisse le tout au kilo.

 

1 euro.

par Marc Grousset publié dans : Illusions
Vendredi 18 juillet 2008
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L'odeur de l'argent fait sans doute le bonheur des autres.

 

Moi, c'est l'eau.

 

L'odeur de l'eau, celle de l'ondée.

 

Cinq minutes avant.

 

Quand la terre est chaude et paresseuse et qu'un gris nuageux presque violet se fera torrent.

 

Elle envahit les rues, elle monte de la terre, traverse le bitume, se fait goudronneuse, remplit les narines, rend heureux avant d'être trempé. Elle nous rappelle les forêts et la boue là-dessous, malgré les lignes téléphoniques et les égoûts.

 

Aussi épaisse qu'un brouillard hivernal, mais invisible, on dirait qu'elle nous transpire.




par Marc Grousset publié dans : Illusions
Jeudi 12 juin 2008
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Les réveils ont parfois un don d'ubiquité pénible, et la vie réelle qui prend le dessus à 7:30 du matin n'est pas là pour arranger les choses.


En me rasant ce matin, j'ai fait le point, rapidement et embué comme il convient.


Je ne serai donc jamais un grand athlète. Il est trop tard. Bon.


Un artiste, un photographe en noir et blanc, un écrivain ?


Mouarf, mouarf. Les photographes en bavent en Tchétchénie avec un Leica, ou avec un Nikon F5 au Stade de France. Les écrivains ont des choses à écrire, avec de la suite dans les idées.


Un aventurier peut-être ?


Indiana Jones, Docteur Justice. Non. Avec mon lumbago perpétuel, je ne peux même plus satisfaire trois femmes et leurs copines en même temps.


Il me reste donc à trouver un potager pour devenir un petit vieux discret.

par Marc Grousset publié dans : Illusions
Mercredi 23 avril 2008
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Voilà le passé qui arrive en maître-chanteur sur ma prose virtuelle : c'était bien tout ça. Je me suis demandé si je devais fermer, on m'a écrit en disant déconne pas, t'es con ou quoi ?


Je fus flatté. Il me semble que derrière cette minuscule vitrine qu'est le web, j'avais trouvé l'espoir d'un court-circuit. Très naïvement, je pensais que, de bouche à oreille et de fils en aiguilles, on finirait par remarquer mon style, admirable, authentique, casse-gueule à la récré. Je pensais qu'on allait dire : « Ouah, de la personnalité là, là là là. » Je pensais même avoir du poids, d'une certaine manière, sur le temps qui passe et la façon de penser les choses. Je pensais même qu'on allait être drôlement plus nombreux, qu'on allait monter un magazine littéraire en ligne, une école de pensée en ligne, des tas de choses en ligne qui se résumèrent à des lignes de code html éparpillées au gré des switchs, des hubs, des providers et autres outrances. J'ai finalement eu des illusions communes avec tous les crétins à start-ups : mon site perso serait bien plus éternel que vos foutaises.com on line. Faut dire que moi, j'utilisais peu le vocabulaire en english. Et que mon investissement, c'était du temps. Pas un rond.


Je pensais faire scandale comme Houellebecq, mais en mieux vu qu'il écrit mal et qu'il est moche comme un pou, alors que moi, autrefois, avec les filles... Alors j'ai craché sur Jack Lang et Beigbeder, en m'apercevant que je leur faisais une mise en plis aguicheuse, et qu'ils ne faisaient qu'un. Le monde est petit quand on est con.


J'imaginais être vachement méchant et pas cucul la praline comme l'autre avec sa gorgée de pisse et ses petites nostalgies à deux ronds. J'oubliais que ceux-là sont publiés sur du vrai papier, qu'ils se montrent à la télé, qu'ils jouent le jeu, un jeu pas très compliqué. Le tout, c'est le premier pas. Faut écrire des trucs sur du papier, et les envoyer par la poste. Après, on retourne au boulot avec sur les épaules le même espoir que le type qui a joué au loto un jeudi : tout va bien jusqu'à samedi soir, et lundi, faut rejouer.


Régulièrement, je regarde mes statistiques. C'est formidable. Bientôt 4 000 visiteurs en trois mois. Là-dessus, 5 sur 10 n'ont lu qu'une page. 1 000 visiteurs ont lu au moins deux pages. Sur les 500 autres visiteurs, les deux tiers ne sont jamais revenus. Sur les x restants, il y a les habitués. Sur les y habitués, il y en a dix chaque mois qui oublient de revenir. Et un nouveau par semaine qui revient plus souvent. z personnes ayant lu plus de 5 pages. Sur les plus ou moins 30 visiteurs quotidiens, il y a des personnes qui viennent parce qu'elles ont tapé « porno + free » dans Google et qu'elles ont eu le courage d'aller jusqu'au résultat n° 287 au bout de onze pages. Sur les quelques restants, il y a des dépressifs de l'asile d'aliénés d'Epinay sur Orge qui ont la chance d'être connectés gratuitement à l'ADSL, et qui reviennent parce que l'infirmier en chef m'a mis par erreur en page d'accueil.


Des fois, j'envoie des courriels à des patrons de presse en m'étonnant qu'ils n'aient pas parlé de moi dans la semaine. Y'en a des sympas qui me disent que je suis gentil. Alors je regarde ma voisine et j'écoute ses bras et ses cuisses qui grossissent en faisant brout-brout.


Dans le train, j'imagine que la fille qui lit à travers l'espace entre les deux sièges les textes du jour va se lever, ôter le haut en gueulant « MG, c'est toi ! Prends-moi vite arglglsdksmqlkdfq mlsdfah! ». Mais il y a encore un pépé qui me demande si le train y va bien à... Je lui dis que c'est l'autre d'en face sur le même quai, qu'il faudrait qu'il se dépêche, et voilà le papy parti en me remerciant. Pas grave, il n'aura fait que 300 kilomètres à l'opposé de sa vieille. Il pourra raconter son aventure à toute la famille, en disant « C'est MG qui m'a dit qu'il allait à Berlin, ce train ! Et je me suis retrouvé à Amsterdam ! » Il aura pété les plombs, le papy, ce ne sera pas si mal dans sa vie.


Et puis j'imaginais que dans cinquante ans, on taperait la même adresse pour arriver à mon stockage plus très frais.


Marrant non ?

par Marc Grousset publié dans : Illusions
Mercredi 23 avril 2008
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Bienvenue !


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