Les orages de mai se contentent paraît-il de monter à la fin des jours trop longs.
Ce n'est pas le cas aujourd'hui. L'orage monte, il couvre de gris les alentours et leurs hirondelles, il accable les passants et les statiques, il soulage les désirs des vivants et donne des envies aux électriques.
Il est pourtant tôt. Avant midi encore. La chaleur s'écroule sur un sol déjà humide. Alors forcément, on se met à rêver.
Être une fois dans une vie trop courte, juste une fois cabré et préhistorique, entouré de femmes pulpeuses comme des fruits dans une forêt de hêtres, de ces forêts joyeuses qui font des branches noueuses, qui dansent la nuit pendant qu'on dort. Rien qu'une fois s'allonger pornographique, parmi des femmes insouciantes qui donneraient leurs corps à l'orage qui monte, et leurs sueurs intestines parfumant les fourrés.
Une fois seulement oublier la morale et la honte, amuser des inconnues qui se prendraient au jeu, dans la lumière trop verte et les éclairs au loin. Être le maître d'une cérémonie pastorale, telle cambrée sur une souche de mousse, telle autre alanguie et pendue à une branche solide, avec des feuilles qui ne retiendraient plus la chaleur de la pluie. En finir une bonne fois pour toutes avec nos accoutrements et les bonnes manières. Toucher les chairs ouvertes, oublier la grammaire, devenir fantaisie. Satisfaire les fantasmes de ces dames, laisser l'orage laver nos soupçons.
Demander une dernière fois à la nature de corriger sa copie, et qu'elle ne ponde plus qu'un homme pour cent femmes quand l'orage éclate et que l'orgie forestière coule à flot : moi, oui, moi, moi, moi, mesdames.

C'est vous qui le dites...