Le drôle d'univers dans ma tête d'enfant. La nuit, rêvant d'autres mondes, me revenait souvent la même fantaisie au milieu des pépinières et au fond des jardins alentours. Dans une joie naïve et par la force de l'imagination, je m'élançais.
La chose était entendue et facile, à la longue même, un étrange subconscient de ma création s'arrachait au sommeil pour en prendre les rênes, et je pouvais, je le jure, ce n'est pas du mensonge, je pouvais contrôler mon rêve, tant il était rêve, aussi vrai que j'étais enfant.
La technique était simple, et répétitive. Les nuits douces m'y préparaient, les rêves se dépliaient comme une vieille carte ou comme une jeune pousse, et là, je le savais, en dévalant la pente, en courant, en prenant un élan gigantesque pour un corps de minus, il fallait lever les genoux, et tenir fermement mes deux pieds coincés derrière les cuisses.
Miracle : je volais.
Le scénario était habituel et sans fioriture, juste cette joie au ventre et le sourire au visage, la tête collée à l'oreiller, Walt Disney va te faire voir, mon cinéma à moi, c'est du panoramique.
Je volais.
Ni trop haut ni trop bas, à quelques mètres, suffisamment pour conserver l'impression de la vitesse qui colle des buées étranges sur les yeux un peu fragiles. Et puis j'allais où je voulais, privilège inespéré pour un enfant. Là, les serres des voisins, et même la cour, et même devant la chambre de la fille des maraîchers, une bêtasse qui ne comprenait rien, mais quand même, que de puissance à planer devant sa chambre. Parfois même, je découvrais des rivières des temps préhistoriques, elles divisaient les jardins en autant de parterres que je survolais allègrement. Le plus étonnant sans doute fut le réalisme de la chose. Rien, depuis, n'a su m'étonner autant, pas même la réalité virtuelle, et pour cause, je n'ai jamais essayé, et je sais bien à l'avance que mes rêves d'enfant, les genoux pliés au dessus des arbres et des champs, c'est autre chose que le Futuroscope.
Je volais.
J'insiste. Je volais.

C'est vous qui le dites...