Le drôle d'univers dans ma tête d'enfant. La nuit, rêvant d'autres mondes, me revenait souvent la même fantaisie au milieu des pépinières et au fond des jardins alentours. Dans une joie naïve et par la force de l'imagination, je m'élançais.

 

La chose était entendue et facile, à la longue même, un étrange subconscient de ma création s'arrachait au sommeil pour en prendre les rênes, et je pouvais, je le jure, ce n'est pas du mensonge, je pouvais contrôler mon rêve, tant il était rêve, aussi vrai que j'étais enfant.

 

La technique était simple, et répétitive. Les nuits douces m'y préparaient, les rêves se dépliaient comme une vieille carte ou comme une jeune pousse, et là, je le savais, en dévalant la pente, en courant, en prenant un élan gigantesque pour un corps de minus, il fallait lever les genoux, et tenir fermement mes deux pieds coincés derrière les cuisses.

 

Miracle : je volais.

 

Le scénario était habituel et sans fioriture, juste cette joie au ventre et le sourire au visage, la tête collée à l'oreiller, Walt Disney va te faire voir, mon cinéma à moi, c'est du panoramique.

 

Je volais.

 

Ni trop haut ni trop bas, à quelques mètres, suffisamment pour conserver l'impression de la vitesse qui colle des buées étranges sur les yeux un peu fragiles. Et puis j'allais où je voulais, privilège inespéré pour un enfant. Là, les serres des voisins, et même la cour, et même devant la chambre de la fille des maraîchers, une bêtasse qui ne comprenait rien, mais quand même, que de puissance à planer devant sa chambre. Parfois même, je découvrais des rivières des temps préhistoriques, elles divisaient les jardins en autant de parterres que je survolais allègrement. Le plus étonnant sans doute fut le réalisme de la chose. Rien, depuis, n'a su m'étonner autant, pas même la réalité virtuelle, et pour cause, je n'ai jamais essayé, et je sais bien à l'avance que mes rêves d'enfant, les genoux pliés au dessus des arbres et des champs, c'est autre chose que le Futuroscope.

 

Je volais.

 

J'insiste. Je volais.

par Marc Grousset publié dans : Moi, moi, moi...
Lundi 14 juillet 2008
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Nous voilà donc dans le même sac. La même marque de sac. La même plasticité.


Nous voilà décryptés. Notre génome ressemble à un boulodrome, ou je ne sais quoi. En tous cas, on va s'y retrouver dans ce bordel de gènes, on va identifier, comptabiliser, corréler, breveter.


On va cloner aussi.


Mon clone. Ah, si mon clone...


Si mon clone, alors pas faire les mêmes erreurs. (langage binaire booléen informatique).


Je disais donc : si je me clonais, je ne ferais pas les mêmes erreurs.


J'irais à l'école, je ferais de l'allemand et du piano, et des sports collectifs. Et une « prépa » quand je suis grand. Et une école, et la destinée viendrait. On reviendrait de loin, mon clone et moi.


Mais j'invente. Un clone, c'est trop cher. Et même en solde après Noël, ou en juillet avant les vacances, ça reste trop cher, un clone. Même avec un nez rouge.


C'est bon pour les Américains, les clones. Le meilleur moyen de bouffer du PIB, de manger de la bagnole, d'oublier le coût des obsèques.

par Marc Grousset publié dans : Moi, moi, moi...
Dimanche 13 juillet 2008
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Elle était là, superbe avec son corps qui m'attendait. Ce n'était pas la première fois mais presque. Mes livres d'histoire dans la tête, je regardais celle qui n'attendait que ça. Je n'ai pas été élevé de cette manière. On n'apprend pas aux petits garçons que les filles aiment ça aussi. Et même beaucoup.

 

Elle était là, avec le corps cambré, la peau si lisse que j'en tremblais, des muscles noueux comme le bois de noyer, elle attendait que je sache m'y prendre.

 

Et moi, avec mon corps mou du type toujours dispensé de sport, ma tête trop grosse et mes certitudes incertaines sur les femmes, j'étais incapable de comprendre. Que faire ?

 

Il était encore six heures du matin et c'était juin, un juin lumineux avec l'aube qui pointe derrière les voilages. Les oiseaux dehors sifflaient d'impatience ou de joie, un vrai cirque dans le terrain vague et les herbes hautes. On devrait toujours profiter du mois de juin.

 

Je me regardais tout mou, à côté d'elle qui dormait. Des années d'incertitudes s'écroulaient encore, je ne savais toujours pas comment faire plaisir à une femme, alors que j'étais un garçon.

 

Je cherche depuis à me rattraper....

par Marc Grousset publié dans : Moi, moi, moi...
Lundi 16 juin 2008
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Je ferais mieux de me taire. C'est ce que faisait mon père dans son potager l'été, dans son atelier l'hiver. La fermer définitivement, comme si l'univers humain n'était qu'un congélateur, un environnement figé à jamais.

 

J'ai un mal fou à me taire. Se couper la langue peut-être. Se contenter des doigts. Même l'esprit orageux comme ce matin, se taire. Laisser tomber, laisser dire le silence des autres.

 

Mes voisins me proposent cet étrange moule du silence. Le silence du goût et des préférences, l'absence d'opinion, la non-divergence. Le conformisme du chacun ses goûts. Photo couleurs ou noir et blanc, argentique ou numérique, Keith Jarrett ou le premier DJ venu. Laisse dire et profite de la vie. Ne rien tenter, ne pas tâcher de convaincre.
 

Ma lampe années 40 à quarante francs, ses chromes et sa tige souple ? Bof, elle en vaut bien d'autres. Pardon, je ne voulais fâcher personne. Ce gamin du voisin qui réclame tout le temps des trucs dans le siège du caddie™ ? Oh, pas grave. 

 

Je déjeune dehors à midi, seul à la brasserie. Des femmes. De trente à cinquante. Cholestérol et médicaments. Et la petite et ses allergies. Et mon mari et son boulot. Et de petites choses... Souchon, au ras des pâquerettes. Des émissions de télé m'éloignent des discours. Je suis in-connecté. Rien ne s'élève au-dessus des bruits de couverts. Je fais silence en regardant dehors. Même pas un couplet contre les bonnes femmes. Je pense à la relativité du concept de race, sautant du coq à l'âne. Des gens commandent foie gras et champagne, sous nos yeux habitués. Des ronces poussent au bas des peupliers. La bouffe est moyenne.

 

Comment les écrivains font-ils pour décrire le monde une fois qu'ils lui ont échappé ?

 

Et comment lui échapper ?




par Marc Grousset publié dans : Moi, moi, moi...
Mardi 10 juin 2008
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Bienvenue !


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