L'écriture, ça dégouline jusqu'aux écrans d'ordinateurs. Internet, ça cause, ça écrit. Dans les livres, sur les écrans, des mots, des citations, des idées, des histoires. Voilà, ça fait trois lignes de plus écrites, un jour comme aujourd'hui.
par Marc Grousset publié dans : Machines à écrire
Mercredi 16 juillet 2008
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Ce matin, les yeux collés par le café, machinalement, je photocopie.

 

Quelle merveilleuse machine, ce machin-là ! Je pose mes 14 feuilles, je demande 32 exemplaires agrafés, et voilà le travail.

 

Au moyen-âge, il m'aurait fallu au moins une semaine avec deux moines copistes pour faire la même chose. En 1950, copie-carbone, on s'en tirait en une matinée. Là, aujourd'hui et même maintenant, les secrétaires environnantes trouvent la photocopieuse obsolète et lente, et même en panne trop souvent.

 

C'est fou comme l'immédiat est devenu monnaie courante. C'est pénible. La polaroïdisation du monde est d'une tristesse absolue. Même l'érotisme ne passe plus par les mots. La bouffe est fast, les cures d'amaigrissement sont fasts, me voilà pressé de faire savoir au monde ma pensée du jour, en instantané, sans relecture.

 

On va me dire : rien de nouveau.

 

Non, rien.

 

Parce qu'en plus de l'immédiat, il faut du nouveau. Tous les jours, une photocopie de l'immédiat instantané et nouveau. Je rêve d'un vieux truc en bois. Un machin pas photocopiable.

par Marc Grousset publié dans : Machines à écrire
Jeudi 3 juillet 2008
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Si seulement l'on pouvait dire « je » d'une façon discrète. Cela n'est guère possible. Il faut l'ouvrir trop grande, c'est inconvenant. « Je » me fait de plus en plus peur. « Je » a perdu ses rêves d'enfants. « Je » n'a plus envie d'être un aventurier. « Je » n'a plus guère les moyens.

 

Il faut se rendre à l'évidence. Les pays lointains et les poignées de mains et les accolades sont bons pour les courageux, les téméraires mêmes, ou les bien-nés. Alors voir si l'Inde est toujours lointaine de ses yeux vus, c'est difficile, surtout quand on s'aperçoit que l'on n'osera plus, qu'il faut se loger, se nourrir, faire quelque chose de sa vie.

 

Mes rêves me quittent, le temps se rétrécit, il va falloir gérer, côute que coûte, le temps qui reste. À la goutte près, pour ne pas en perdre un zeste.

 

Je sens déjà le rêve petit-bourgeois du logis et de la poutre en chêne. « Je » me fait peur encore un peu, pour quelques minutes sans doute.

par Marc Grousset publié dans : Machines à écrire
Samedi 28 juin 2008
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Si les grands hommes d'autrefois avaient accès à Internet, qu'en feraient-ils ? Des fois, on s'demande. Rimbaud, Voltaire, Verlaine, Steinbeck, au hasard. Que feraient-ils ? Et si Mozart avait eu accès au dernier Roland™ FP3 multiprogrammable ? Partiraient-ils d'un rire sardonique et moqueur, n'ayant besoin, finalement, que d'un bout de carton et d'une plume pour poser noir sur blanc ces éclairs de génie traversant leurs têtes et pas celles des autres ? Orson Welles serait-il heureux de posséder un portable Apple® en titane pour monter ses films numériques ?


Des fois, on s'demande.


Je me demande souvent.


Le texte ici-là sur votre écran (oui, je vous interpelle, pardonnez-moi), est lu en moyenne au moins quelques dizaines de fois dès demain, et encore chaque jour pendant les mois qui suivent. Des personnes de n'importe où, au gré du vent virtuel, à s'échouer là, pour lire ceci. Ou cela. Cela est le dernier mot que vous venez de lire. Ça en fait du monde. À consulter les statistiques de consultation de ce que vous êtes vous-mêmes en train de lire, vous avez de grandes chances pour être plusieurs à le lire en même temps, là, à l'heure qu'il est. Vous n'êtes pas seul. La nuit au Canada, le jour en Belgique, et jusqu'en Polynésie. D'une certaine façon, mon âge mental et mes rêves de gamin de douze ans m'ont mis à l'abri de cet attitude blasée qui caractérise l'époque. Quelque part donc, l'idée que des gens à jamais inconnus lisent ce que j'écris ce soir devant un champs de tournesol sous la pluie (déjà loin derrière), eh bien cette idée me fascine. Tout autant, finalement, que le fait de téléphoner aux proches si lointains qu'on ne les aime même plus, par habitude. Contrairement à un écrivain pour de bon, je sais combien de gens sont là, comme vous - c'est-à-dire vous - à lire cette phrase, déjà ponctuée par un point.


Ôh bien sûr, ces petites réflexions sont d'un terrible narcissisme. On s'en moque mon pauvre monsieur, vous êtes un gamin, allez, on se tutoie, t'es un gamin va. C'est la technique, c'est le progrès, tu vas pas t'en plaindre quand même ?

Je ne m'en plaindrais pas, si ce n'était ce détail, cette brindille, cette absence : et après ? Et après ? Que se passe-t'il après avoir lu cette page ?

par Marc Grousset publié dans : Machines à écrire
Samedi 31 mai 2008
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Bienvenue !


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