Dans la longue attente des secondes à un feu, sur le chemin qui mène mon et mes ennuis, nous voilà arrêtés. Sur notre gauche, un wagon couvert comme en hiver, d'une étrange zébrure copiée collée. C'est un tag répétitif, de l'art disent certains, mais après tout, tout se vaut, c'est donc de l'art, du veau, du lard, c'est comme vous voulez. C'est incroyable cette chose. Un type a reproduit à l'identique le même motif inavouable et bégayant sur les quatre faces blanches du wagon en gare. La signature d'un quelconque (parions-le) analphabète laissant là comme une cicatrice sur un bout de fer, la nostalgie d'éclats d'obus trop symétriquement disséminés. Deux minutes dans la brume matinale me suffisent amplement pour identifier l'identique et sa générosité. Pas une parcelle du wagon n'est épargnée tant qu'elle est blanche, et l'acharnement ferait encore plus peine à voir s'il s'agissait, mettons, du corps blanc d'une femme et de la main d'un fou au canif fourchu. Pourquoi donc passer une demi-heure à marquer ainsi la surface, au lieu de la dépenser, sans compter dans la lecture des mauvaises nouvelles de la planètes, bien après l'été et juste avant l'hiver ? Que se passe-t-il dans la tête de l'hurluberlu, quel rythme de mauvais jus coule donc à l'intérieur de la coque creuse qui résonne en forme de tête ? Pourquoi cette volonté masturbatoire et dans le geste, et dans la souillure, de vouloir absolument s'en prendre à un wagon, un « bien public » comme dirait les sarkozystes qui n'y connaissent sans doute pas grand-chose en masturbation ? Car enfin, c'est déjà la laideur, ce wagon, comme un carton carré peint rouge et blanc, alors pourquoi inonder de mauvais goût ce qui pourrait, au pire, passer inaperçu ?


Ne peut-on réserver un espace blanc quelque part, pour que ce pauvre d'esprit décharge son marqueur et savoure, en silence et définitivement enchaîné par le vent des déserts post-modernes (comme ils disent), sa petite œuvre merdique, comme les jeunes enfants s'assurent de la disparition de leurs cacas dans les cuvettes des toilettes ?


Ou peut-être un musée gratuit, avec des murs subventionnés et loin de chez moi ?


Mais je ne suis qu'un sombre égoïste. Qu'on me pardonne.

par Marc Grousset publié dans : La rue
Vendredi 4 avril 2008
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Faut voir les tronches, non mais faut les voir. Incroyable les tronches. Ah mais faut les voir, ces tronches, ça devrait être interdit au moins de dix-huit ans, des gueules pareilles.


C'est l'assemblée des alcolos urbains du vendredi soir. Une assemblée du verre à la main, la tronche aussi huileuse que le sol de pisse qui les supporte. Ça piaille comme des pigeons la joie du week-end. Faut voir les pifs. Qu'un ex-président de la République vienne à traîner par là, c'est la roche de Solutré en confusion. Véridiques, les nez qui leur poussent au milieu des visages, ce ne sont pas des acteurs, ce sont des décors.


Le sexe est indistinct mais sous-jacent, comme l'est le passé, le leur, celui qui rote avec les cacahuètes et les mains tachées. Ça glousse ça complisse, c'est partout pareil. Y'a toujours un chien. Comme qui dirait qu'il en faut un. Un corniaud, un Bourvil de kleps qui est cradingue et qui pisse aussi sur les pompes tâchées d'un qu'a plus soif. Même le patron du bar appartient à la bande. Il se révèle, il se découvre. Il est des leurs, aussi sûrement que les types à l'auriculaire raide sont des envahisseurs.


Sur le comptoir, le RMI - mais pas que ça - s'envole en litrons de jaune houblon, la gauloise au bec noircit les moustaches et la gapette d'un plus méchant, d'un qui veut rien entendre, d'un qui râle. Ça grouille cette humanité indigne, un géant y verrait des asticots multicolores puant la pourriture des pêches miraculeuses, avec des hameçons en formes de cancers du foie, ou, plus snob, du larynx, un mot qui, dans leurs vieilles bouches et la dernière fois qu'ils l'ouvrent, un mot qui sonne comme un chat sauvage dans les westerns, les saloons.

par Marc Grousset publié dans : La rue
Vendredi 4 avril 2008
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La rue, on y passe, on s'y vide, on s'y croise. Impossible de l'éviter, ou alors, être ministre.

Pas si simple...
par Marc Grousset publié dans : La rue
Vendredi 4 avril 2008
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Il pue, ce n'est pas permis. Il éructe, il pète. Une allumette ? Il flambe. Il habite dans une maison d'immondices du XVIIIème siècle. Il bave en dégoulinant sur les trottoirs dérisoires des rues piétonnes.


Mais le pire, c'est qu'il a de la conversation. Alors faut qu'il discute avec les commerçants nauséeux. Dans ses tongs applaties, il enfile ses pieds transgéniques, mi-singe, mi-crapaud. À l'entrejambe, une longue traînée noirâtre indique qu'il se prend souvent pour un avion, mais ses jambes ne sont pas des ailes. Il est peut-être trop lourd, allez savoir. Toutefois, il est plutôt positif d'avoir à faire à lui dans ce sens : c'est qu'il s'éloigne.


Collectionneur, il aime les trucs cassés, les poupées barbeuses sans la tête, les caddies sans les roues, les bouts de tôles rouillées, les cuillères en miettes et les fourchettes édentées.


Il a un concurrent dans le même genre. Ex-aequo d'office.


Le concurrent balade un attaché-case, et son blouson lui sert de bavoir. Le tout glisse lentement sur un ventre qu'on grimperait au Tour de France, mais uniquement sous la pluie. Les sucs accumulés pourraient servir à fabriquer de la super-glue. D'ailleurs, cette bave de fossile, il s'en sert à la Travolta d'autrefois : il se gomine, ça lui donne un air de dinosaure avec les cheveux en arrière.


Ce qu'il y a de bien avec les fous dans la rue, c'est qu'ils servent encore à peupler les cauchemars des enfants. Un enchantement, en somme, quand on n'a pas la télévision pour les domestiquer, on peut leur montrer ces affreux-là.

par Marc Grousset publié dans : La rue
Mercredi 2 avril 2008
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Bienvenue !


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