Dans la longue attente des secondes à un feu, sur le chemin qui mène mon et mes ennuis, nous voilà arrêtés. Sur notre gauche, un wagon couvert comme en hiver, d'une étrange zébrure copiée collée. C'est un tag répétitif, de l'art disent certains, mais après tout, tout se vaut, c'est donc de l'art, du veau, du lard, c'est comme vous voulez. C'est incroyable cette chose. Un type a reproduit à l'identique le même motif inavouable et bégayant sur les quatre faces blanches du wagon en gare. La signature d'un quelconque (parions-le) analphabète laissant là comme une cicatrice sur un bout de fer, la nostalgie d'éclats d'obus trop symétriquement disséminés. Deux minutes dans la brume matinale me suffisent amplement pour identifier l'identique et sa générosité. Pas une parcelle du wagon n'est épargnée tant qu'elle est blanche, et l'acharnement ferait encore plus peine à voir s'il s'agissait, mettons, du corps blanc d'une femme et de la main d'un fou au canif fourchu. Pourquoi donc passer une demi-heure à marquer ainsi la surface, au lieu de la dépenser, sans compter dans la lecture des mauvaises nouvelles de la planètes, bien après l'été et juste avant l'hiver ? Que se passe-t-il dans la tête de l'hurluberlu, quel rythme de mauvais jus coule donc à l'intérieur de la coque creuse qui résonne en forme de tête ? Pourquoi cette volonté masturbatoire et dans le geste, et dans la souillure, de vouloir absolument s'en prendre à un wagon, un « bien public » comme dirait les sarkozystes qui n'y connaissent sans doute pas grand-chose en masturbation ? Car enfin, c'est déjà la laideur, ce wagon, comme un carton carré peint rouge et blanc, alors pourquoi inonder de mauvais goût ce qui pourrait, au pire, passer inaperçu ?
Ne peut-on réserver un espace blanc quelque part, pour que ce pauvre d'esprit décharge son marqueur et savoure, en silence et définitivement enchaîné par le vent des déserts post-modernes (comme ils disent), sa petite œuvre merdique, comme les jeunes enfants s'assurent de la disparition de leurs cacas dans les cuvettes des toilettes ?
Ou peut-être un musée gratuit, avec des murs subventionnés et loin de chez moi ?
Mais je ne suis qu'un sombre égoïste. Qu'on me pardonne.

C'est vous qui le dites...